On va aller droit au but: où sont les chroniqueurs qui s’insurgeaient de la tenue de Safia Nolin au Gala de l’ADISQ 2016? Cette fin de semaine, Loud s’est présenté sur scène vêtu d’une casquette et d’un coton ouaté. Pourtant, l’affaire n’a pas fait les manchettes. Pourquoi? Le double standard est la seule explication possible. 

Il serait plus facile de nommer les chroniqueurs (et chroniqueuses) qui ne se sont pas attaqués à Safia Nolin en 2016. Filion, Maurais, Petrowski, Martineau, Durocher, Ravary, bref, la majorité des chroniqueurs vedettes du Québec s’en sont pris à l’artiste de Limoilou. Les attaques fusaient de toute part. 

Lise Ravary était particulièrement révoltée à l’époque. Selon Mme Ravary, la tenue de Safia n’était pas suffisamment féminine et n’aidait en rien le combat féministe: 

Nous nous sommes tellement battues dans les années 70 et 80 pour que féminisme ne rime plus avec bottes de construction, jambes pas rasées et ponchos en terre cuite. Pour que l’on sache qu’on peut être féministe et féminine. Qu’une paire de talons hauts n’a rien à voir avec notre quotient féministe.

Lise Ravary

Sa collègue Sophie Durocher en ajouta alors une couche (comme si un seul article à ce sujet dans le même média n’était pas suffisant): 

Je comprends que tous les musiciens ne sont pas des cartes de mode. Mais porter un jeans, un t-shirt, une petite jaquette de laine grise, et des sneakers blancs noircis par la saleté à un gala, c’est très ordinaire. J’adore la musique de Safia Nolin, mais se mettre du linge propre pour se montrer devant des centaines de milliers de gens, est-ce vraiment trop demander?

Sophie Durocher

Pour se donner bonne conscience et appuyer leurs argumentaires, les deux journalistes ont ajouté qu’elles critiqueraient aussi sévèrement cet accoutrement s’il était celui d’un homme. C’est là qu’elles se mettent un pied dans la bouche. Puisque nous venons d’en avoir la preuve ce dimanche: c’est totalement faux. Les journalistes s’en foutent complètement lorsqu’un homme se présente ainsi. 

Nathalie Petrowski écrivait ces lignes quelques jours après le gala de 2016: 

Safia savait ce qu’elle faisait en se présentant ainsi au gala. Elle savait qu’elle faisait un geste de provocation et de dissidence et qu’une déferlante l’attendrait nécessairement au détour. Mais elle voulait à la fois la provocation et la sympathie, le beurre et l’argent du beurre parce que, dans son esprit, elle avait tous les droits et aucune obligation envers quiconque.

Natahlie Petrowski

Pourquoi une femme souhaiterait forcément provoquer en s’habillant ainsi? De là le combat quotidien des femmes qui souhaitent l’égalité des sexes. Les femmes provoquent en s’habillant comme elles le souhaitent et les hommes ne font que vivre leur vie.

Le look de Loud n’a fait les manchettes dans aucun média. Seul Narcity a publié un article sur son habillement et c’était pour mentionner que son Coton Ouaté était de marque Balenciaga. Mais en quoi la marque d’un coton ouaté devrait changer la façon dont quelqu’un est jugé? Si Safia s’est fait juger sur son chandail, Loud devrait se faire juger sur les mêmes critères. Et est-ce que quelqu’un a demandé à Safia si son chandail de Gerry était un Gucci? Disons que j’ai mes doutes.

En plus de s’occuper des journalistes en furie, Safia Nolin devait composer avec des insultes sur les réseaux sociaux. On l’a traitée d’idiote, de stupide, d’être une honte pour les femmes et pour le Québec. S’en suivirent également des critiques sur son poids, ses cheveux et son habillement. Loud? Sans rien présumer, si l’artiste a reçu des messages sur les réseaux sociaux, ces derniers devaient être des messages de félicitations. Disons que le lendemain de veille de l’ADISQ n’est pas le même pour un homme que pour une femme. 

À la suite de toutes ces critiques, Safia Nolin publia une lettre, “Salut les gens”. Elle y allait de cette déclaration: 

Ça crée pas de controverses quand Jean Leloup porte une casquette, tout le monde reste calme quand Philippe Brach porte son beau t-shirt de Trip de bouffe. 

Safia Nolin

Et maintenant, il faut ajouter Loud à la liste, puisque personne ne s’enflamme lorsque le rappeur québécois porte un coton ouaté. Le double standard dans toute sa splendeur.

Il est temps d’arrêter de juger les artistes pour ce qu’ils portent, mais bien pour leur art, leur message et leur leadership. Si un artiste souhaite s’habiller d’une certaine façon, rien ne devrait l’en dissuader. Pas même la marque, le contexte et encore moins son sexe.